prosaïque


prosaïque

prosaïque [ prozaik ] adj.
• déb. XVe; bas lat. prosaicus, de prosa prose
1Vx Qui tient trop de la prose, qui manque d'élévation. « La composition est languissante [...] , le vers lâche et prosaïque » (Chateaubriand).
2(mil. XVIe) Fig. et mod. Qui manque d'élégance, de distinction, de noblesse; sans poésie. commun, 1. plat, vulgaire. Vie prosaïque. Travaux prosaïques. « Un esprit ravalé et bourgeoisement prosaïque » (Gautier).
(Personnes) Terre-à-terre. « Tous les hommes me semblaient prosaïques et plats » (Stendhal). « il est d'ailleurs bien trop pot-au-feu, trop prosaïque pour avoir le sens du beau » (Balzac).
⊗ CONTR. Lyrique, 1. poétique. 1. Idéal, noble.

prosaïque adjectif (bas latin prosaicus, du latin classique prosa, prose) Qui est dépourvu de noblesse, de distinction, d'élégance : Un être prosaïque. Une existence prosaïque. Se dit d'une remarque bassement matérielle, réaliste : Excusez ce détail prosaïque, mais j'ai mal à l'estomac.prosaïque (synonymes) adjectif (bas latin prosaicus, du latin classique prosa, prose) Qui est dépourvu de noblesse, de distinction, d'élégance
Synonymes :
Contraires :
- coloré
Se dit d'une remarque bassement matérielle, réaliste
Synonymes :
- matériel
Contraires :
- distingué
- élégant

prosaïque
adj.
d1./d Qui tient trop de la prose. Vers prosaïque.
d2./d Fig. Exempt de poésie, terre à terre. Des occupations très prosaïques. Syn. commun, ordinaire.

⇒PROSAÏQUE adj.
A. —[En parlant d'un écrit, d'une oeuvre d'art]
1. Vieilli. Qui relève de la prose, qui est propre à la prose, à ses procédés. Le vers était volontiers prosaïque au XVe siècle. Il ne saurait l'être aujourd'hui. Peut-être conviendrait-il de le remplacer par de la prose (A. FRANCE, Vie littér., 1890, p.362). On pourrait citer également, à ces époques florissantes, de nombreuses oeuvres prosaïques ou poétiques de valeur (Arts et litt., 1936, p.56-6).
2. MUS. L'analyse grammaticale [du chant grégorien] décide du classement de certaines pièces [de ce chant], dont les unes sont dites prosaïques, d'autres, métriques, et d'autres enfin, rejetées dans une catégorie mélangée, sont appelées lyriques (BRENET Mus. 1926, p.68).
3. Souvent péj. Qui tient trop de la prose, qui manque d'élévation, de grâce, d'originalité, de qualité. Synon. banal, plat. Style, terme prosaïque (Ac.). Cela est trop prosaïque (Ac. 1798-1878):
♦ ... [Maïakovski] a élevé jusqu'au rang de poésie pure des phénomènes considérés avant lui comme étant essentiellement prosaïques, tels que la terminologie des journaux, le langage des rues, la nouvelle syntaxe simplifiée.
Arts et litt., 1936, p.54-7.
B.P. anal.
1. Qui est banal, commun, bassement matériel ou vulgaire. Synon. terre(-)à(-)terre. Privée de son idéalisation, la vie est devenue quelque chose de profane, de vulgaire, de prosaïque (RENAN, Avenir sc., 1890, p.10). Le disque joue, dans la plupart des foyers, un rôle assez prosaïque d'amuseur. Il prolonge parfois des plaisirs dépourvus d'élévation artistique (Arts et litt., 1935, p.88-8). Le sentiment de solidarité avec l'ensemble du mouvement ouvrier semble, chez le syndiqué américain d'aujourd'hui, beaucoup plus vague que ces attaches très concrètes, ces motivations prosaïques (Traité sociol., 1967, p.484).
2. P. ext. Qui manque de distinction, d'idéal, de fantaisie, de sensibilité.
a) [En parlant d'une pers.] Ce n'est pas cet imbécile qui m'aurait éclairée, il trouve bien tout ce que je fais, il est d'ailleurs bien trop pot-au-feu, trop prosaïque pour avoir le sens du beau (BALZAC, Prince Bohême, 1840, p.376). C'est une excellente fille, mais elle est prosaïque comme une tranche de jambon (AVENEL, Calicots, 1866, p.198). Ce qui n'est qu'à elle, c'est son air (...) ce je ne sais quoi qui ne se peut peindre, et qui faisait dire à Villedieu, le plus prosaïque des hommes: —«C'est une déesse!» (FEUILLET, Veuve, 1884, pp.10-11).
b) [En parlant d'une époque] [Le peuple espagnol] doit nécessairement s'intéresser beaucoup au seul homme qui, dans un temps aussi prosaïque que le nôtre, fait revivre les vertus chevaleresques des anciens preux (MÉRIMÉE, Mosaïque, 1833, p.312). Je suis l'enfant d'(...) un siècle prosaïque où l'on ne savait dire les choses que par leur nom (BALZAC, Mme de La Chanterie, 1844, p.298). Romantique par ses aspirations, par ses tendances artistiques, la période qui va de 1820 à 1848 est des plus prosaïques dans le domaine de la vie publique et dans celui de la vie privée (KUNSTLER, Art XIXes. Fr., 1954, p.32).
3. [En parlant du lang.] Qui est bas, vulgaire, qui manque de distinction. Ce hardi marin, si rude d'écorce, si prosaïque de langage et de manières (...) renfermait pourtant des trésors d'amour et de poésie (SAND, Melchior, 1853, p.253). Verdeur prosaïque de Proudhon (L. DAUDET, Brév. journ., 1936, p.82).
4. Souvent péj., empl. subst. masc. sing. à valeur de neutre. Ce qui est bien de lui [J.-B. Rousseau], c'est le prosaïque, le commun, la déclamation à vide, ou encore le mauvais goût (SAINTE-BEUVE, Portr. littér., t.1, 1829, p.142). La poésie pure [est] (...) ce par quoi le poétique se distingue du prosaïque (BREMOND, Poés. pure, 1926, p.71). Une sorte de grandeur mi-bourgeoise, mi-épique, de mode extrêmement particulier, qui rejoint doucement le sublime, et sans cesse échappe à la banalité tout en côtoyant le prosaïque (GIDE, Journal, 1942, p.108).
Prononc. et Orth.:[], [-]. LITTRÉ, DG, PASSY 1914 [--]; Pt ROB., Lar. Lang. fr. [-o-]; BARBEAU-RHODE 1930, WARN. 1968 [-o-], [--]; MARTINET-WALTER 1973 [--], [-o-]. Att. ds Ac. dep. 1694. Étymol. et Hist. 1. XVes. [ms.] «en prose» (Chron. et hist. saint. et prof., Ars. 3515, f° 53 v° ds GDF. Compl.: Oracion prosaique); 1588 péj. (MONTAIGNE, Essais, éd. P. Villey et V.-L. Saunier, III, 9, p.995); 2. au fig. a) 1797 se dit d'une personne, d'un sentiment qui se caractérise par la mesquinerie, l'absence d'idéal, de noblesse (COLLIN D'HARLEVILLE, Les Artistes, II, 8 ds LITTRÉ); b) 1807 se dit d'une oeuvre d'art qui manque d'originalité (STAËL, Corinne, t.1, p.185). Empr. au lat. tardif prosaicus «écrit en prose», dér. de prosa (prose). Fréq. abs. littér.:196.
DÉR. Prosaïquement, adv. a) ) [En parlant de l'écriture, d'un texte poét.] D'une manière, d'un style proches de ceux de la prose. Écrire prosaïquement (Ac. 1878, 1935). [Maurice de Guérin] a des vers de détail très-heureux, très-francs, mais sa phrase traîne, s'allonge, se complique prosaïquement (SAINTE-BEUVE, Caus. lundi, t.15, 1860, p.14). ) P. ext. [En parlant de la manière de s'exprimer] «Si vous aviez la foi, vous remueriez des montagnes» est aussi le principe du beau. Ce qui peut se traduire plus prosaïquement: «Si vous saviez précisément ce que vous voulez dire, vous le diriez bien» (FLAUB., Corresp., 1856, p.243). Ce que les Anglais appellent:Acute Respiratory Disease (...) et que nous nommerons plus prosaïquement «courbatures fébriles» (R. SCHWARTZ, Nouv. remèdes et mal. act., 1965, p.134). b) P.anal. D'une manière commune, banale. Je ne m'embarquai pas, à Alger, sur la place du gouvernement, devant la mer étincelante, dans une patache archaïque, déjà remplie d'indigènes. Je pris plus prosaïquement un de ces petits chemins de fer algériens bien connus pour leur lenteur (THARAUD, Fête arabe, 1912, p.95). Les tableaux du film Pathé correspondent aux tableaux du musée, hors un seul, celui de la Dernière nuit du condamné. Chez Grévin, il jouait prosaïquement aux cartes. Chez Zecca, il rêve (SADOUL, Cin., 1949, p.47). Il faut (...) paraître celui qu'on veut être et non celui qu'on est, pour peu que l'on soit un peu snob, ou qu'on ait simplement le sens de la continuité. Bien rares sont les hommes qui, lorsqu'on peut les voir, sont réellement et prosaïquement eux-mêmes (Jeux et sports, 1967, p.816). [], [-]. Supra prononc. Att. ds Ac. dep. 1878. 1res attest. a) 1500-03 mettre prosaiquement «mettre en prose» (Therence en franç., f° 82 v°, Verard ds GDF. Compl.), attest. isolée, b) 1832 au fig. «d'une manière commune, dépourvue d'élévation ou de pittoresque» (HUGO, N.-D. Paris, p.99); c) 1856 id. «d'un style plat, simple», p.oppos. au style poétique (FLAUB., loc. cit.); de prosaïque, suff. -ment2. Fréq. abs. littér.: 14.

prosaïque [pʀozaik] adj.
ÉTYM. Déb. XVe; bas lat. prosaicus, rad. prosa. → 1. Prose.
1 Vx. Qui a rapport ou appartient à la prose. || Tours prosaïques.Péj. Qui tient trop de la prose, qui manque d'élévation, de grâce. || Vers prosaïques (→ Languissant, cit. 13).
2 (Mil. XVIe). Fig. et mod. Qui manque d'élégance, de distinction, de noblesse. Commun, vulgaire. || Vie prosaïque et mercenaire (cit. 5). || Travaux prosaïques (→ Poète, cit. 11). || Femme préoccupée de détails prosaïques. Terre (supra cit. 2 : terre à terre). (→ Ménager, cit. 3). || Esprit bourgeoisement (cit. 2) prosaïque, sans poésie.
1 La femme au cœur prosaïque, celle qui n'est pas une poésie vivante, une harmonie pour relever l'homme, élever l'enfant, sanctifier constamment et ennoblir la famille, a manqué sa mission, et n'aura aucune action, même en ce qui semble vulgaire.
Michelet, la Femme, I, VI.
(1797). Personnes. || Un bourgeois prosaïque. Matériel (→ Héros, cit. 36).
2 Tous les hommes me semblaient prosaïques et plats dans les idées qu'ils avaient de l'amour et de la littérature.
Stendhal, Vie de Henry Brulard, p. 43.
3 Ce n'est pas cet imbécile qui m'aurait éclairée, il trouve bien tout ce que je fais, il est d'ailleurs bien trop pot-au-feu, trop prosaïque pour avoir le sens du beau.
Balzac, le Prince de la Bohème, Pl., t. VI, p. 835.
N. (Av. 1842, Stendhal). Rare. || Un, une prosaïque : personne prosaïque.
CONTR. Lyrique, poétique. — Idéal, noble.
DÉR. Prosaïquement, prosaïser, prosaïsme.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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